Mercredi 19 mars 2008

La vie des résidents de foyers est évoquée dans le "dit de la cymbalaire". Mais il y a encore beaucoup à dire.



Les reportages de télévision ou les articles de journaux parlant des foyers accueillant les SDF sont pour le moment essentiellement de deux types : ceux qui décrivent un univers plus ou moins infernal et ceux qui au contraire montrent tout le bien que la société apporte à ceux qui " veulent s'en sortir ". L'auteur a en général une thèse à défendre : c'est bien ou c'est mal. C'est le principe de la bouteille à moitié vide ou pleine.

La vérité de la vie dans ces divers foyers est finalement rarement montrée. Il n'est pas question de parler de la bouteille ou de ce qu'elle contient. Peut-être faudrait-il expliquer ce silence de nos journalistes, romanciers, nouvellistes et même sociologues ...

Je me demande si l'une des raisons de ce silence ne viendrait pas de l'idée que ces lieux de vie seraient transitoires ? Je le crois.  La " vraie vie " serait ailleurs. La " vraie vie " est celle que mène le journaliste, l'expert, l'assitant social, le politique, l'auteur de l'article (en excluant le lecteur vivant dans les foyers) Et c'est par rapport à cette " vraie vie ",  (en gros celle de la classe moyenne) qu'il faudrait juger de tout, parler de tout.

Le but de ces reportages serait de montrer que ces lieux sont ou bien des mauvais lieux dans lesquels on ne peut pas vivre " normalement " ou bien des lieux de passage rapide dans lesquels on doit passer avant d'aller vivre ailleurs. Il s'agirait alors d'estomper tout ce qui n'est pas " la vraie vie " en décrivant " la vie en foyer " comme éphémère et provisoire.

Ce faisant, (en ignorant la vie menée par les personnes qui y sont hébergées), on ne tient pas compte de toute la réalité des faits : ces lieux, s'ils sont bien des haltes pour les SDF - que d'une manière ou d'une autre on va finir, en effet, par mettre à la porte, même dans le cas d'une issue favorable à leur situation - , ne sont pas transitoires à l'échelle de l'Histoire. Ils sont même l'une des composantes caractéristiques de la vie moderne au XXe et XXIe siècle comme la conquête de la Lune ou Internet.

Depuis l'appel de l'Abbé Pierre en 1954, leur nombre est passé de 4 à plus de 2000 et il continue à croître. Le nombre des résidents est passé de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers et il continue à croître à la demande générale. Il s'agit d'un phénomène " provisoire " qui dure depuis plus d'un demi-siècle, d'un phénomène " temporaire " dont tous les responsables, quoi qu'ils en disent, envisagent comme devant durer toujours !!  (il suffit d'écouter leurs promesses de créer " plus de foyers d'hébergement ".)

Pourtant la vie en foyer ne se réduit pas à : " comment en sortir " ! Si l'on peut comprendre que les résidents aient cette idée ( c'est bien leur problème numéro 1), il faut dire et redire aux responsables que, pour eux, le problème numéro 1 doit être : " comment faire pour que plus personne ne soit obligé d'y entrer ". Et c'est bien en se posant les questions " qu'est-ce qu'un foyer et qui y vit ? " que l'on peut espérer trouver des solutions efficaces si l'on veut les voir disparaître.

Dans ce chapitre du " dit de la cymbalaire " je n'ai fait qu'aborder la vie des résidents de foyers. Il faudrait que je vous en parle un peu plus. Si vous le voulez bien !

Charles

 

Par Gildas - Publié dans : Exclusion
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En juillet 2005, Charles Mérigot publiait aux éditions de la Ramonda "Le dit de la cymbalaire". Il y évoquait une descente aux enfers suite à une longue période de chômage.
Cet ouvrage, préfacé par Jean-Baptiste de Foucaud, a été accueilli avec intérêt par de nombreux lecteurs, de diverses origines. L'auteur a été invité à plusieurs colloques, participé à des émissions de radio.
Le témoignage de Charles Mérigot fait écho à mon vécu, car il pose des questions essentielles sur notre condition sociale. Souvent, face aux "coups" ou aux "examens" de la vie, nous restons sans réaction.
Je suis convaincu que, ce blog, sera un lien, entre nous, qui ne restons pas indifférents à un mouvement qui, en favorisant l'exclusion,  accentue le caractère schizoïde de notre société.
Depuis janvier 2008, Hervé Dauphin nous propose ses critiques de films et de livres - relatifs au chômage et à l'exclusion - dans les rubriques "Films vus" et "Livres lus"

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