Calcutta : dans l’autobus qui faisait la navette entre l’aéroport et le centre de la ville, un occidental qui profite d’un embouteillage pour photographier
la misère. Et ce soir, où rentré en France, projetant mes diapositives je m’entends dire :
- C’est très bien, mais on ne voit pas d’images de la misère.
- De la misère ?
- Mais oui, l’autre jour à Nantes, un conférencier nous en a montré. Et nous l’avons applaudi. - Vous avez applaudi ... Vous étiez donc touchés ? Mais
combien avez vous donné pour « la misère » ?.
- Mais rien ... Rien bien sûr !
- Alors, c’était du voyeurisme ! Et voyez-vous, pour les voyeurs, je ne fais pas de photos.
Peut-être ai-je eu tort, ignorant que ces images pouvaient ouvrir vers une autre réflexion ... ce texte que Charles conserve dans ses tiroirs ...
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Un sou c’est un sou.
Celui qui a inventé cela devait être riche. Tout au moins devait-il avoir de quoi manger.
Si je suis mendiant, je peux mettre de côté les pièces que l’on me donne. Les unes après les autres. Au bout d’un certain temps, j’aurai de quoi manger. Mais si ce
temps est trop long, je mourrai de faim avant et les sous accumulés ne me serviront pas, ce ne seront que des petits bouts de métal sans importance.
Il y a bien longtemps j’ai suivi une émission sur les pauvres à Calcutta. Ceux qui se laissent mourir de faim sur les trottoirs. Le reportage était terrible. Il se
terminait par un effroyable calcul :
Si ces gens là s’étaient mis à travailler comme porteurs, ils auraient gagné de l’argent. Mais si peu, que ce qu’ils auraient pu acheter pour manger, n’aurait pas
compensé la dépense d’énergie faite pour travailler. Travailler aurait avancé leur mort. Ils mourraient moins vite en s’allongeant sur le trottoir et en attendant la mort sans
manger !
Il y a bien un lien entre l’argent et le temps qui passe.